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L'égalité des genres à l'école

 

Une fille = un garçon : une réalité en 2010 ?

[article paru dans Le Journal de l'Education, oct. 2010]

Alexandra Adriaenssens, Directrice chargée de mission, Direction de l'Egalité des Chances du Ministère de la Communauté française

Un des objectifs spécifiques du Programme d’action gouvernemental pour la promotion de l’égalité femmes-hommes, de l’interculturalité et de l’inclusion sociale, adopté le 25 février 2005 par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique, visait à promouvoir l’égalité et la mixité des sexes dans l’enseignement obligatoire et supérieur.


                  

Bien qu’il existe peu d’études portant sur les inégalités entre les filles et les garçons en Communauté française, nous savions que les filles réussissent en moyenne mieux que les garçons à l’école, mais restent cantonnées dans des filières moins porteuses d’emploi et prometteuses en termes de carrière.  D’autre part, les garçons présentent un taux d’échec scolaire plus important que les filles.

C’est dans ce cadre qu’en mai 2008, la Direction de l’Egalité des Chances du Ministère de la Communauté française a lancé un appel à projets visant à encourager la recherche de genre portant sur les inégalités entre les filles et les garçons dans l’enseignement en Communauté française de Belgique. L’occasion était donnée de contextualiser les questions liées à l’orientation des filles et des garçons, à l’échec et/ou à la réussite des filles et des garçons et aux autres questions liées aux inégalités entre filles et garçons dans l’enseignement obligatoire, et de permettre ainsi aux décideurs francophones de disposer d’informations suffisantes pour dresser un constat circonstancié et développer des politiques soucieuses d’égalité entre les sexes en matière d’enseignement.

De manière générale, les différentes études constatent que tous les acteurs scolaires participent à leur façon, et souvent en dehors de toute conscience, à la construction d’inégalités entre les filles les garçons, et cela depuis la petite enfance.  Tous estiment traiter garçons et filles sur un pied d’égalité. Or, traiter les filles « comme des filles » et les garçons « comme des garçons », en accord avec les stéréotypes liés à chaque sexe, n’est pas sans conséquence.

Ainsi, tant les filles que les garçons qui ne correspondraient pas aux critères « dits » de leur sexe, verront leur confiance en soi diminuer ; ce qui se répercutera par la suite sur les choix de filières et orientations scolaires moins valorisées et valorisantes, même si les bons résultats scolaires sont présents. D’un autre côté, la valorisation de la force ou de la violence augmentera le risque de décrochage scolaire des garçons et des « filles manquées » voulant se raccrocher à la « classe » dominante.

Tant chez les garçons que chez les filles, la principale conséquence de la différenciation et de la « stéréotypisation » des sexes au niveau scolaire est sans conteste la limitation du « champ des possibles de chacun ». Se pose dès lors la question du respect des talents, des capacités et de l’épanouissement de chacun et de chacune. Se pose aussi la question de l’objectif de notre système éducatif : peut-il priver la société des potentialités des filles et des garçons qui ne souhaitent pas « rentrer dans le moule » ? Ce système peut-il, au nom de la simplicité et du conformisme aux stéréotypes véhiculés, limiter les un-e-s et les autres dans leur développement personnel et social en les « canalisant » vers l’une ou l’autre voie en fonction de leur sexe ?

L’école n’est certes pas le seul vecteur des stéréotypes. Les valeurs, qualités et objectifs mis en avant par l’économie, le marché du travail, la société de consommation, les médias, mais également de nombreux parents, ont également leur part de responsabilité dans le renforcement de l’attribution sexué des rôles. Il nous faut donc travailler sur tous les terrains, en même temps, globalement et de manière spécifique.

La particularité de l’école est qu’elle reste aujourd’hui un des principaux lieux d’apprentissage ; un lieu légitimé, tant par les parents que par la société, ayant une place structurelle, instituée au sein de notre société. Les publicitaires l’ont bien compris quand ils tentent d’entrer dans les établissements scolaires en y plaçant des distributeurs de boissons, ou en y diffusant des outils prétendant permettre aux jeunes de « décoder » les publicités.

L’école se doit, de par la mission d’enseignement et d’éducation - y compris à la citoyenneté - qui lui est confiée, de tenir compte de la construction des différences et de la place qu’elle peut prendre pour contrer le renforcement des stéréotypes. Permettre aux enseignants et aux enseignantes, aux directeurs et directrices, comme à l’ensemble des personnes chargées de l’éducation et de l’orientation des élèves, de prendre conscience de la construction des différences, au contraire de leur apparence innée, constitue la première étape vers plus d’égalité à l’école.

Cette prise de conscience nécessite un vrai travail de l’ensemble des acteurs du système scolaire en ce sens qu’elle remet en question les principaux fondements et catégories de notre socialisation et de nos modes de pensée. Il ne s’agit pas seulement de bénéficier des outils permettant de décoder les stéréotypes et leur matérialisation en différences persistantes au sein de notre société. Il faut également adopter une démarche volontariste qui intègre une nouvelle manière de vivre et de travailler en contrant chaque jour les stéréotypes porteurs de différences et d’inégalités.

Les élèves, aussi, doivent être sensibilisés à la construction des différences entre les sexes. Il semble crucial de développer leur sens critique en la matière, en particulier lors des animations portant sur l’orientation scolaire, afin d’être en mesure d’élargir leurs champs des représentations des métiers et des différentes formes et modèles de conciliation vie privée et vie professionnelle qui leur permettront d’opérer des choix réellement éclairés.

 

La publication(1) des différentes recherches menées en Communauté française entre 2008 et 2009 permettront peut-être de faire tomber les barrières entre « ceux qui savent et ceux qui font » ; de construire des ponts entre les recherches et les pratiques des acteurs du système scolaire, qu’ils soient enseignant-e-s, directeur-trice-s d’établissements, agent-e-s de Centres PMS ou chargé-e-s d’inspection, afin de construire, ensemble, un environnement où les différences entre filles et garçons ne seront plus synonymes d’inégalités.

 

 

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(1) « Une fille = un garçon ?  Identifier les inégalités de genre à l’école pour mieux les combattre », à paraître chez L’Harmattan, collection « Compétences interculturelles ».  Les rapports complets des différentes recherches peuvent être téléchargés sur le site de la Direction de l’Egalité des Chances www.egalite.cfwb.be.  

                      

 

 

 

 

 

 

 



 

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