Comment gérer une classe ou un groupe socialement mixte ? Comment gérer mes animations face à un groupe mixte ? Comment peut-on tirer profit des différences au sein d’un groupe ? Comment permettre à chaque enfant de trouver son expression et valoriser toutes les démarches ? Comment faire pour que chaque enfant entretienne ses rêves ? Comment ne pas détruire et veiller à ne pas laisser ses pairs détruire les espoirs de l’enfant défavorisé ? Doit-on privilégier la mixité sociale ou l’hétérogénéité scolaire ?
Découvrez les 13 conférences sur la mixité sociale prévues au programme du Salon
en faisant une recherche sur "mixité" dans l'onglet "Les conférences"
Pratiquer la mixité sociale au sein d’un groupe : un défi quotidien
Art. paru dans Le Journal de l'Education, oct. 2011]
A force d'entendre parler régulièrement de mixité sociale à l'école, on en oublierait presque que cette exigence concerne également tous les autres lieux d'éducation, formelle ou informelle, ainsi que tous les lieux et moments de vie ou de loisir.
Les structures hors du champ scolaire, ont globalement pour objectif de permettre au plus grand nombre d'enfants et de jeunes d'un territoire donné de pratiquer des activités durant leur temps libre. Nombre de ces structures ajoutent à leur objectif initial la volonté, à travers les activités qu'elles proposent, de permettre à des enfants et des jeunes de tous horizons et de tous milieux, de vivre des moments en commun. Ils apprennent ainsi à mieux se connaître et à mieux se comprendre en se découvrant au-delà des stéréotypes et des images toutes faites.
Pourtant, malgré la bonne volonté affichée, il arrive souvent que la mixité recherchée n'existe presque plus, chaque association développant ses activités pour et avec son public spécifique. Un public qui, au fil des mois et des années, ne se renouvelle que conformément au respect de certains critères de genre, de classe sociale ou de convictions philosophiques ou religieuses.
C'est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit d'activités à haut seuil d'exigence qui impliquent des participants une grande régularité et un engagement quasi constant. Ces activités s'adressent prioritairement à des publics capables de se projeter dans des projets à moyen ou long terme.
Mais c'est aussi vrai, à l'opposé, d'activités au seuil d’exigence plus bas, qui se développent souvent dans des quartiers précaires, parfois dans des lieux publics ou dans des halls d'immeubles, et qui ont pour objectif avoué de rapprocher les publics fragilisés des structures traditionnelles d'animation et de loisir. Plutôt qu'inciter ces publics précaires à faire le pas vers les associations, on assiste souvent à une pérennisation d'activités, elles-mêmes précaires, et réalisées dans de mauvaises conditions. Entre ces deux extrêmes, on connaît encore des lieux qui accueillent des publics diversifiés mais qui participent à des activités différentes et ne font finalement que se croiser sans véritable rencontre et d'autres encore qui, heureusement, arrivent assez bien à réaliser cette fameuse mixité sociale !
S'il n'y a, bien sûr, pas de recette-miracle au moins peut-on remarquer que ces derniers apportent régulièrement une attention particulière à plusieurs éléments importants.
Dans ces associations qui réussissent mieux que d'autres la mixité sociale, la composition des équipes (éducatives, pédagogiques ou sportives) ne se limite pas à refléter strictement la réalité sociologique des quartiers dans lesquelles elles sont actives. Constituer des équipes réellement mixtes (niveau social, appartenance culturelle, genre) constitue, à coup sûr, un gage essentiel que les activités produites par ces équipes impliqueront naturellement une réflexion préalable quant à leur accès au plus grand nombre. On ne peut que déplorer que ce principe élémentaire soit souvent bafoué au bénéfice d'une croyance, rarement vérifiée, que seuls les éducateurs ou animateurs « du cru » sont capables de s'adresser aux enfants ou aux jeunes des quartiers dont ils sont originaires! Leur connaissance « innée » du terreau social et la confiance naturelle dont ils sont généralement crédités ne constituent des atouts, extrêmement précieux, que lorsqu'ils sont intégrés dans une réflexion éducative plus vaste qui les transcende et ouvre à la diversité.
Le coût des activités a forcément un impact important sur la participation (ou non) de certains enfants. Si une activité proposée requiert des moyens financiers importants, elles ne devraient être proposées qu'après s'être assuré d'aides possibles d'organismes sociaux ou d'aides publiques. Un même préalable doit être posé quant à la mobilité nécessaire pour la réalisation de l'activité en tenant compte des difficultés de certaines familles en la matière.
La nature même des activités doit favoriser la rencontre des enfants et des jeunes et permettre à chacun d'entre eux de valoriser leurs propres compétences, leur culture d'origine, leur spécificité sociale. Les activités donnent ainsi aux bénéficiaires l'occasion de mieux se connaître, de repérer les différences mais aussi, et surtout, les fortes similitudes! Cette réflexion sur la nature des activités doit pousser les animateurs à oser proposer des projets hors des attentes classiques de leur public majoritaire pour prendre en compte les besoins et les attentes de tous les publics. Si, au premier abord, les enfants et les jeunes sont rassurés par les activités qu’ils connaissent et qu’ils maitrisent, on constate néanmoins un grand intérêt pour des activités méconnues, une fois les premières appréhensions dissipées. Une invitation claire aux animateurs à refuser de se cantonner au traditionnel mini-foot, aux ateliers de tag ou de hip-hop ! Des partenariats avec des associations culturelles et artistiques peuvent, à coup sûr, ouvrir à d’autres activités créatives et fédératrices.
Une réflexion sur l’emplacement et les lieux où se déroulent les activités. Bruxelles, par exemple, est une ville particulière où des quartiers cossus frôlent d’autres entités urbaines plus déshéritées. Privilégier la mixité sociale c’est aussi pousser à la mobilité raisonnable des uns et des autres en recherchant à s’installer en priorité sur les zones de fracture entre ces différentes micro-entités.
Enfin, certaines familles, plus que d'autres, doivent être rassurées quant à la qualité de la prise en charge de leurs enfants. Aller à leur rencontre, présenter les équipements, assurer de la compétence des intervenants, tisser et surtout maintenir des liens de confiance, constituent les incontournables à toute mixité sociale. On sait que celle-ci est d’autant plus facile à instaurer qu’elle est présente dès le plus jeune âge. Ici aussi, il est souvent indiqué de rechercher des partenariats avec d'autres associations ou d'autres institutions (dont l'école) qui ont (au moins en partie!) la confiance des familles afin de convaincre et de rassurer les plus hésitantes ou les plus réticentes.
Quoi qu’il en soit et quels que soient les efforts déployés pour assurer la mixité sociale au sein des activités, celle-ci se révèle assurément être un véritable défi permanent !
Bernard De Vos
Délégué général aux droits de l’enfant