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(Ap)prendre la parole

Quel que soit l'âge, quelles que soient les circonstances, nous sommes amenés à prendre la parole devant un auditoire ou en comité restreint. Ce n'est pas toujours naturel, c'est une chose qui s'apprend. Pourquoi pas à l'école ?

Le travail de professionnel de l'éducation nécessite aussi de savoir prendre la parole en public, de capt(iv)er son auditoire ou simplement de faire passer clairement un message, une information, un concept.

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Pour prendre la parole, il faut avoir des choses à dire… et savoir écouter

[Art. paru dans le Journal de l'Education , octobre 2011]

 

Les techniques audiovisuelles envahissent notre univers et paraissent incontournables, voire indispensables. Et pourtant, l’école fait encore confiance à la parole des enseignants comme véhicule de la transmission de connaissances. Les mots permettent aussi la structuration de la pensée, l’exercice de l’esprit critique, les prises de position par rapport au monde qui est le nôtre, les relations avec les autres.

Qui ne se souvient pas d’un professeur dont la parole a laissé une empreinte profonde en lui ? Et cela, peut-être parce que ses mots ont permis de restaurer la confiance en soi défaillante, d’entrer dans une matière jusque là « interdite » ou de prendre plaisir à apprendre. Il me semble aussi que c’est la personnalité, l’enthousiasme, la motivation, mais aussi l’attention portée à chaque élève qui font de l’enseignant un véritable pédagogue.  

Pendant de nombreuses années, j’ai formé des instituteurs, des régents et je voudrais dire aux jeunes combien l’art d’enseigner est riche, mais exigeant.

Pour prendre la parole dans une classe de manière légitime, il me semble d’abord qu’une connaissance approfondie de la matière est indispensable. Cela paraît évident, mais j’ai parfois le sentiment, lorsqu’un élève a des difficultés, que l’enseignant considère que sa manière à lui de comprendre est la seule possible. Comment alors percevoir là où l’élève a perdu pied ? Certains refusent même d’entendre un raisonnement différent, mais tout aussi correct. De quoi décourager pour longtemps. 

Ensuite, peu importe la qualité de la voix (elle peut s’améliorer),  les décibels qu’elle génère, si le langage est correct et surtout que la passion et le désir de transmettre sont évidents, le silence attentif des élèves justifiera l’enseignement donné. L’attention qui sera ensuite offerte aux questions posées relancera l’intérêt et le désir d’en savoir plus, tant pour les élèves que pour le professeur. Il n’est pas déshonorant d’avouer son ignorance : enseignant et enseignés deviennent alors de vrais « partenaires ».

Certains élèves éprouvent des difficultés à prendre la parole en classe. C’est à l’enseignant d’encourager, d’aider à préciser la pensée en reformulant la question ou l’intervention. Il est important que l’élève sente que, quoiqu’il dise, même si les autres se moquent,  il sera pris en considération. Il osera alors prendre la parole, dire ses difficultés, demander plus de précisions ou exprimer sa façon personnelle de comprendre. C’est aussi une manière de faire réaliser à toute la classe que la parole de chacun mérite du respect.

Par la parole, l’enseignant se fait éducateur : il transmet ses valeurs mais en laissant à l’enfant, à l’adolescent, au jeune adulte, la liberté de se construire. S’il est une référence parmi d’autres, le « maître » est une personne dont la parole comptera dans la vie de ses élèves, pour peu qu’elle soit motivante, respectueuse et qu’elle ait aidé à grandir. Puis-je, en tant qu’ancien professeur, espérer avoir – un tant soit peu – réussi cela ?

Eliane De Vleeschouwer
Psychopédagogue et psychanalyste – Association Françoise Dolto

 

 

  

 

 

 

 

 



 

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